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Je mène ma vie et toi la tienne
Je ne suis pas ici pour me plier à tes attentes
Et tu n'es pas ici pour te plier aux miennes
Tu es toi et je suis moi
Et si par chance nous nous trouvons
Ce sera merveilleux

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Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre.
Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant.
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre.
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J'ai tout appris de toi sur les choses humaines.
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon.
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines.
Comme au passant qui chante, on reprend sa chanson.
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens de frisson.

J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne.
Qu'il fait jour à midi, qu'un ciel peut être bleu
Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne.
Tu m'as pris par la main, dans cet enfer moderne
Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux.
Tu m'as pris par la main comme un amant heureux.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes.
N'est-ce pas un sanglot que la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe.
Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
Terre, terre, voici ses rades inconnues.

Louis Aragon

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Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 17:03
Khara Choûn (part 2 et fin)

Khara Choûn



Les années passaient et le comte écumait les régions de plus en plus loin de son domaine pour donner le change. Désormais peu lui importait toutes ces années de vie, ce qu’il ressentait lorsqu’il versait le sang des vierges sur Khara Choûn était devenu bien plus important. Son corps vieillissait lui rappelant l’adage du sorcier - la fleur de nouveau refleurira, mais l’homme ne pourra jamais redevenir jeune - mais son esprit, lui restait ardent et sa vigueur était sans égale. Qu’importe toutes ces jeunes femmes, leurs corps lui procuraient tant de plaisir.
Un jour qu’il errait à la recherche d’une nouvelle proie, il s’arrêtât dans une auberge pour se restaurer et restât subjugué par la beauté d’une toute jeune fille qui servait les clients. Se renseignant auprès de l’aubergiste, celui-ci lui apprit qu’elle n’était autre que sa plus jeune fille et qu’elle s’appelait Irisz Blanka. Le comte sentit monter en lui une irrésistible envie de la mettre dans son lit. Ce sentiment qui ne le torturait plus depuis qu’il tuait, refaisait de nouveau surface et une envie folle lui traversa l’esprit – Je vais l’épouser et lui offrir le secret de la vie éternelle.

L’aubergiste fut très surpris de la demande. Il avait entendu parler de la famille Zwariski mais n’aurait jamais imaginé une telle opportunité. Après quelques palabres et la promesse d’une dote fort conséquente, l’aubergiste accepta et en fit part à la toute jeune fille qui baissa les yeux devant son futur époux et maître.

Le comte regagna seul ses terres dès le lendemain, pour faire préparer la cérémonie.
Il réunit ses domestiques et donna ses ordres pour que tout soit prêt rapidement. Le mariage devait avoir lieu à moins d’un mois, comme cela avait été convenu avec le père d’Irisz Blanka.
Les quelques jours qui suivirent son retour, Zwariski devant mettre au point ou terminer quelques affaires en cours, il eut peu le loisir de penser à la pierre autour de son cou. D’autre part, il devait bien s’avouer qu’Irisz Blanka, occupait ses pensées. Il la revoyait, servant les yeux baissés, les clients aux tables de l’auberge. Sous sa robe très simple, sa silhouette juvénile laissait entrevoir un corps aux formes déjà bien faites qui devraient encore s’épanouir. Ses yeux en amande et des jolies lèvres, posées comme deux pétales de rose délicatement ourlés étaient un appel à la sensualité.
Sensualité… le comte se surprit lui-même à prononcer à voix basse ce mot. Lui qui depuis des semaines écumait la région en semant la mort pour une jouissance solitaire mais ô combien intense, il en était arrivé à ne plus se souvenir de ce mot. Cette pensée le troubla.

Un matin, assis à son bureau, penché au-dessus de quelques papiers qu’il avait à finir, le comte sentit le diamant se balancer doucement au bout de la chaîne qu’il portait toujours à son cou.
Ses doigts effleurèrent délicatement la pierre noire et froide, lorsque des picotements apparurent dans sa main, comme si le diamant voulait lui dire quelque chose. Il le fixa et vit en son centre un lac de sang, le lac des vierges. Il avait tué dix sept fois, mais il en ressentait de nouveau le besoin. Au moins une fois avant le mariage et après….
Pris d’une soudaine envie, le comte s’enfuit pratiquement de son château à la recherche d’une nouvelle proie. Il galopa des heures, au mépris de son cheval et quand ce dernier s’arrêtât épuisé, couvert d’écume blanche, il était près d’un couvent. Il se mit à couvert et observa une nonne qui s’occupait des ruches avoisinant le bâtiment. Sans se soucier d’être reconnu ou repéré, il s’approcha d’elle avec un grand sourire et d’un seul jet, lui plantât sa dague en plein cœur. Il trainât le corps à l’abri des regards et posât directement le diamant sur le sang qui s’écoulait de la blessure.
Cette fois ci, plus que toutes les autres fois il crut défaillir tant son plaisir fut immense. Khara Choûn étincelait de plus belle à chaque vague rouge qui déferlait. L’homme quant à lui, au rythme de ces mêmes vagues, sentait monter la jouissance, qui s’amenuisait légèrement l’instant d’après, pour réapparaître, plus envahissante, plus forte, plus explosive. Il sentit l’ultime venir, elle monta en lui, brûlante et impétueuse, pour se concentrer autour de ses reins, puis éclata, laissant le comte tendu comme une corde, le visage marqué par la douleur du plaisir. De ses lèvres s’échappait une plainte plus qu’un cri.
A l’intérieur du diamant, le lac de sang était devenu une mer déchaînée qui ne s’apaisa que bien plus tard.
Il se traina loin à l’écart, haletant et tremblant ; les gouttes de sueur lui coulaient sur le front le cou et le torse. Il était dans un état second, incapable de remonter sur sa monture, les cloches du couvent lui arrivaient lointaines mais les cris horrifiés des nonnes qui venaient de trouver le corps de leur condisciple le fit revenir avec difficulté. Il courut tant bien que mal à travers les arbres et les broussailles, pour retrouver son cheval, il dût faire un effort surhumain pour se hisser sur les étriers, et disparaître. Il arriva chez lui aussi trempé que l'animal, il s'enferma dans son bureau, cette fois-ci il avait bien failli se faire prendre, il en était conscient, était-ce donc cela qui dès lors devait intensifier son plaisir?

Les cloches de la petite chapelle carillonnaient à la volée, annonçant un heureux évènement, le seigneur des lieux prenait épouse. Personne ne connaissait vraiment la future mariée, mais tous s’arrêtaient à dire qu’elle était d’une grande beauté, malgré la fragilité qui semblait poindre dans son regard. Le comte affichait le sourire radieux de celui à qui tout sourit, fier et sûr de lui, il ne lui manquait rien, il possédait la vie éternelle, le plaisir que lui procurait la pierre et la plus belle femme de la région, il était comblé, et aucun nuage noir se semblait pouvoir mettre un terme à ce bonheur.
Elle apparut enfin dans une simple robe de lin blanc, ceinturée d’une chaine d’or, cadeau du maitre des lieux, avec dans les cheveux quelques fleurs des champs et les pieds nus, splendide de simplicité. Le comte Zwariski sentit monter en lui une joie immense, avec elle, il irait au bout de tout, bien plus loin que ses rêves, rien ne pouvait désormais entacher son bonheur.
La timide épouse allait devoir se faire à sa nouvelle vie, dans ce vaste manoir entouré d’un parc immense aux massifs de fleurs délicates et parfumées. Tout le personnel de la maisonnée était enchanté de l’avoir pour maitresse des lieux. La vie du comte avait été certes, bien remplie, mais il manquait une présence féminine, et ils pensaient tous, qu’Irisz Blanka allait adoucir et illuminer les jours futurs.
Loin du faste, dans le petit village de la future mariée, une vieille femme marmonnait, perdue au milieu de la fumée de l’encens des plantes magiques. Sur le sol, les petits galets gravés avaient parlé. Depuis la naissance d’Irisz Blanka, ces pierres cherchaient à lui révéler quelque chose au sujet de la jeune fille. La vieille femme avait toujours veillé sur elle, en secret bien souvent, en éloignant le mauvais sort. Mais aujourd’hui, la nécromancienne devait réunir tous les plus puissants esprits avec elle, afin de contrer le message que la septième rune venait de laisser et qui rougissait la poussière. S’il n’était pas déjà trop tard.
Que cette journée fût réussie, tout fut merveilleux, dans la douceur du jeune printemps, le comte Zwariski et Irisz Blanka étaient désormais mari et femme, et de ce fait, la jeune femme avait le titre de comtesse. Mais pour elle cela ne signifiait encore pas grand-chose. Son époux serait là et elle se sentait rassurée pour affronter ses nouvelles obligations, auxquelles un mois auparavant, elle n’avait jamais songé.
Le moment vint pour les invités de prendre congé du jeune couple quand soudain des gens d’armes et des soldats envahirent la cour du manoir.
Le comte devint blême, se doutant du pourquoi de leur présence, mais comment avaient-ils pu savoir, lui qui avait toujours agit avec une extrême prudence ? Et puis soudain un grand rire s’éleva de la cour – Que pouvaient-ils bien lui faire, lui qui avait désormais la vie éternelle.
Il fut enfermé dans les geôles de son propre château et son procès fut rapidement expédié sur le fait que chaque voyage du comte correspondait avec l’assassinat d’une jeune fille et qu’il ne pouvait justifier aucun de ses déplacements. Il avoua, sûr de lui et fut condamné au bûcher pour sorcellerie.
La vieille nécromancienne fichait d’un œil apeuré les runes qu’elle venait de lancer, la septième laissait couler un flot continu de sang, du sang noir, présage de mauvais augure. Cette nuit allait être une nuit de mémoire, de celle que l’on raconterait dans mille ans, une nuit d’atrocités, laquelle, en dépit de toutes ses connaissances, elle ne pouvait contrer. Elle restait là, dans la nuit qui tombait, accroupie devant les pierres qui seules, reflétaient la blancheur de la pleine lune, jetant des reflets étranges autour d’elles.
Irisz Blanka, enfermée dans sa chambre, contemplait le collier au diamant noir que le comte lui avait donné lors de son arrestation, le serrant dans son poing jusqu’au sang.
On accordât à Irisz Blanka un seul droit de visite que le comte mit à profit pour lui parler du diamant et lui expliquer la formidable opportunité qu’il lui offrait. Il allait lui offrir la vie éternelle. La jeune fille l’écoutât durant des heures, les yeux fixés sur Khara Choûn et quand il eut terminé, son regard était imprégné d’une lueur maléfique. Ce que lui avait prédit la vieille arrivait enfin, elle allait régner et vivre aux travers des siècles et aujourd’hui peu lui importait qu’elle ait à tuer. Elle resterait pour les siècles aux côtés de son époux.
Le soir même, on trainât le comte sur le bûcher auquel on mit le feu, ce dernier brulât toute la nuit, et au petit matin, au milieu d’un tas de cendres, le comte Zwariski, indemne, toisait du regard ses détracteurs et éclatât d’un rire qui fit frémir toute l’assemblée réunie. Ainsi donc, il était possédé.

L’ordre fut donné de lui transpercer le cœur avec une lance, mais quand on retira la lance, la plaie se cicatrisa immédiatement, on ne pouvait le tuer. Qu’à cela ne tienne, puisqu’il devait vivre, il vivrait emmuré dans un endroit secret pour le restant de ses jours.

Personne ne sut jamais où le comte fut mené, mais les meurtres cessèrent dans le comté à partir de cet instant.

Irisz Blanka disparut ce jour-là et personne ne la revit jamais, mais quand elle fût seule au milieu de la forêt, elle s’ouvrit les veines et trempât le diamant noir dans son propre sang et soudain, une flamme rouge et or fusa de la pierre, entourant le corps de la comtesse qui semblait suspendue dans les airs et elle entendit la voix de Khara Choûn : ‘’ L'homme qui naît n'accomplit pas l'âge de cent ans, mais il emporte des malheurs pour mille années* . Les murs donnent de l’ombre et le rayon de lune du miel, ta malédiction prendra fin à la croisée des deux. Retrouve mon maître’’
Une fois bu tout le sang, on entendit une dernière fois la complainte s’évader du joyau puis ce fut le silence, au fond duquel, légère et cristalline, chantait l’eau de la rivière sur les cailloux pour aller se perdre dans le petit lac en contrebas. La pleine lune donnait une couleur d’argent mat à la scène, que seuls venaient troubler par instant, les éclairs dorés du diamant.
Ainsi, toutes les sept lunes, chacun a vu une fois au moins à la nuit tombée, la comtesse Irisz Blanka Zwariski revenir sur ses terres pour réclamer son dû : sa nuit de noces qu’elle n’avait jamais eue.

*proverbe mongol

Ashimati et Feu
Février 2012


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Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 02:22

The-Golden-Jubilee-Diamond.jpg

 

Khara Choûn






Une légère brume envahissait la surface du lac, flottant à quelques centimètres de l’eau, comme en suspension.
Il faisait froid à pierre fendre et pas un bruit ne retentissait, donnant l’impression que toute vie avait disparu, même le vent dans les arbres se taisait. Cet endroit si paisible en journée devenait à la nuit tombée un lieu de mauvais augure que personne n’osait approcher.
La brume s’épaississait au fur et à mesure des heures, donnant aux arbres qui bordaient les rives des allures fantasmagoriques où l’imaginaire prenait rapidement le dessus sur la réalité.
Soudain un hurlement déchirât le silence pétrifiant de peur et d’angoisse le plus petit brin d’herbe, un cri inhumain venu du fond du lac, un cri d’atroce douleur qui sembla se figer dans la brume.
Celle-ci sembla prise de mouvements incohérents, se mouvant en silence et au bout de quelques minutes, au beau milieu du lac, Elle apparut dans sa robe de mariée d’un blanc immaculé.

Ainsi donc toutes les sept lunes, elle revenait.

Elle semblait si frêle, là au milieu de ce brouillard qu’éclairait la maigre lueur de la lune à travers les nuages noirs et lourds qui se déplaçaient avec lenteur. Mais sitôt un nuage enfui, et avant qu’un autre ne vienne le masquer, l’astre de la nuit transperçait la brume d’une lumière givrée, d’un rayon argenté brillant comme la lame d’un sabre. Malgré la température glaciale la femme semblait ne pas craindre le froid. Sa robe de lin était simple, munie d’une ceinture qui soulignait sa taille, le tout sans fioritures, et lui tombait jusqu’aux chevilles, laissant apparaitre ses pieds nus. Un pendentif d’argent enserrant une pierre noire pendait à son cou, unique ornement.
Elle paraissait jeune, cependant on ne pouvait lui donner d’âge avec certitude, tant ses yeux lui mangeaient le visage, cernés, fiévreux, las.
Sans bruit, elle atteignit la rive du lac, au milieu des herbes figées de gel.
La nuit était de plus en plus noire, et les nuages s’amoncelaient, poursuivant leur course, et leur jeu avec la lune, tantôt la masquant entièrement, tantôt laissant filer un rai de lumière métallique. Le ciel se dégagea un bref instant, la femme avança, on pouvait voir couler un filet de sang de son poing qu’elle tenait serré.

Les prédictions de la vieille sorcière semblaient se concrétiser, lorsqu’elle les avait consultées, la septième rune avait laissé s’échapper une goutte de sang, figeant le visage de la nécromancienne.
Cette nuit serait une longue nuit, la comtesse Irisz Blanka Zwariski revenait sur ces terres, réclamer son dû.

En des temps reculés, la famille Zwariski régnait d’une main de fer sur un immense domaine très prospère, mais depuis bientôt huit cent ans, une malédiction frappait cette famille toutes les sept lunes. Un sombre présage qui revenait inlassablement torturer toute la campagne environnante et semer la terreur dans la région.

Les anciens savaient…

En 1289, le comte Zwariski partit pour un voyage aux frontières de la Mandchourie. Un bruit se faisait entendre au-delà des frontières.
Un mage ou plus exactement un shaman noir doté de pouvoirs très sombres possédait le savoir de la vie éternelle. Le chemin fut pénible et très long pour atteindre ce coin reculé dans les montagnes de la désolation, mais le comte y parvint enfin.
Lorsqu’il fut face au shaman, il lui expliqua qu’il voulait lui aussi la vie éternelle et qu’il était prêt à tout pour l’avoir. Le sorcier lui montra alors trois diamants noirs « Choisis en un, trempe le dans le sang d’une vierge que tu auras tuée de tes mains et tu vivras cent années de plus, c’est le prix à payer mais souviens toi qu’il est une saison où la fleur de nouveau refleurira, mais l’homme ne pourra jamais redevenir jeune*. (proverbe mandchou)

Le comte était hypnotisé par les trois pierres qui déjà le fascinaient et choisit celle de droite. Non seulement elle lui conférerait ce dont il rêvait depuis des années, mais des trois c’était la moins travaillée, la plus sombre, pourtant, elle captait la lumière de telle sorte qu’on aurait cru qu’un feu brûlait en elle.

« Cette pierre que tu as choisi c’est Khara Choûn, ce qui signifie Soleil noir, prends en grand soin et elle ne te décevra jamais »
Déjà il n’écoutait plus ce que le shaman lui disait concernant les deux autres cristaux.

Le mage regardait l’homme qui se tenait devant lui, presque en haillons, fatigué de sa longue marche et certainement affaibli par une alimentation frugale durant son voyage. Mais, il vit… il vit dans les yeux du comte les reflets du diamant, il vit aussi le feu se propager dans les prunelles. Il vit que le diamant avait pris possession de l’homme. Alors à ce moment, il sut.

Avant de prendre congé, le comte voulu dédommager l’homme sorcier. Celui-ci refusa.
« Ton voyage jusqu’à moi est ma récompense, et tu me paieras avec les vies que tu prendras, il m’en faut sept, n’oublie pas, lui dit-il, retourne d’où tu viens, ta route est longue.’

Il posa le diamant au fond d’un petit sac de cuir et le tendit au comte ;
‘La puissance de cette pierre est incontrôlable si tu ne sais te maitriser. Ne t’en sépare jamais’.
Zwariski mit la bourse au fond de son maigre sac et reprit la route non sans avoir salué le shaman.

Au bout de deux années d’absence, le comte retrouva enfin son domaine. Le long voyage lui avait tiré les traits, il était aminci mais ses yeux devenus noirs semaient le trouble chez qui croisait son regard, et sur sa poitrine se balançait un petit sac de cuir contenant son trésor.
Quelques semaine plus tard, il avait recouvré toute sa grandeur et gérait de nouveau son domaine d’une main de fer.

Il fit alors venir chez lui un orfèvre et lui demanda de monter le précieux diamant noir en médaillon, pas d’or précisât-il, que de l’argent.
L’orfèvre réalisât un travail remarquable en ayant donné au diamant un écrin ou resplendissait toute sa beauté, mais on entendit plus jamais parler de lui.
Le comte qui allait sur ses cinquante ans compris qu’il était temps d’utiliser les pouvoir du diamant et se mit donc en quête d’une vierge.

Ses terres étant immenses, il avait beaucoup de personnel à son service, dont des contremaitres qui vivaient dans le domaine avec leurs familles. L’idée était tentante de sacrifier la jeune fille de l’un d’eux, mais il ne le fit point. Il préféra choisir sa victime en dehors de ses murs.

Ce fut à la tombée d’une nuit de fin d’été qui s’écoulait doucement qu’il partit à cheval en direction d’un village des alentours. Tous les paysans étaient, les jours, harassés par les travaux des champs, et le soir, il ne restait que les enfants et les jeunes adolescents pour s’occuper des tâches quotidiennes et qui eux pouvaient profiter de la maigre fraicheur qui tombait.

Le comte trouva sa victime près d’un enclos. C’était une jeune fille mince, presque trop fine, ses longs cheveux bruns relevés sur sa nuque blanche comme une perle, qui s’affairait à donner à manger aux bêtes. Elle ne le vit, ni ne l’entendit s’approcher.

On retrouva au petit matin, son corps exsangue à une centaine de mètres, posé dans l'herbe qui faisait un halo sombre autour d'elle. Le comte était revenu dans son manoir, à la nuit, et avant de mettre ses vêtements au feu, il en sortit une fiole, les mains tremblantes.

Entièrement nu, il décrocha de son cou le diamant noir et le tenant de la main gauche, il déversa dessus le contenu de la fiole, le sang de la vierge.
Pendant quelques secondes, il ne se passa rien, mais Khara Choûn buvait le sang et lorsque la dernière goutte disparu en son centre, il se mit à devenir rouge, il s’enflammait et la main du comte se mit à grésiller sous l’effet de la chaleur. Cela le brûlait atrocement, mais il savait qu’il ne fallait pas lâcher la pierre, puis soudainement ce fut son corps entier qui se mit à se consumer, le diamant répandait son aura .
Le temps semblait devenu éternité, lorsque le feu le quitta, il était épuisé, mais sentit en lui, une vigueur qu’il croyait à jamais disparue.

Cent années, il venait de gagner cent années de vie en plus, mais au-delà de tout, ce qu’il avait ressenti au travers de la douleur, c’était un plaisir tout à fait inattendu.
Il avait tué cette pauvre fille, juste parce qu’il le fallait, mais le revivre durant le transfert, lui avait procuré du plaisir, du vrai plaisir allant jusqu’à la jouissance ; et cela le sorcier ne lui en avait touché mot.

Khôtouri djobolon de douka akô, damou niyalmai beye Baimbi
Le bonheur et le malheur n'ont pas de porte ; seulement l'homme lui-même les cherche.
(proverbe mandchou)




Les jours qui suivirent, Zwariski resta cloîtré chez lui. Il se sentait gonflé à bloc et avait mille projets en tête. Il avait de l’argent, il avait des terres, et par-dessus tout, il avait LE TEMPS. Jamais personne ne saurait ce qui s’était passé cette nuit-là. Jamais personne ne vivrait jamais assez vieux pour que ce souvenir lui résiste.

Quand il sortit enfin, l’été se terminait dans de douces journées teintées d’or, la chaleur était encore vivace, mais les nuits devenaient juste un peu plus fraiches.
En ces fins de journées qui annonçaient un automne serein, les odeurs de terre se mêlaient aux restes de chaleur du jour, lui faisant repenser à ce fameux soir. A cette évocation il sentit son corps se tendre, et germa en son ventre un feu qui ne devrait plus le lâcher. C’en était trop, il devait aller jusqu’au bout.

Il se précipita dans les écuries, monta à cru sur son cheval, et sorti, déjà presqu’au galop. Sa monture fila hors du domaine. Le vent encore chaud, les odeurs lourdes de la campagne lui arrivaient au visage en même temps qu’il revoyait la nuque de la jeune fille. Il passa en trombe à l’endroit, désert maintenant, où il avait rencontré sa victime. Il continua à galoper encore quelques minutes, quand il vit au loin un groupe de jeunes femmes traverser le chemin pour s’enfoncer en riant dans la forêt. Il ralentit son cheval, et longeait l’orée du bois quand il la vit.

Une jeune femme, sans doute à la traîne du groupe, remontait le chemin les bras chargés de fleurs et de feuillages. Dans la pénombre, il la voyait sourire, le nez au- dessus du bouquet, tandis que les éclats de rire s’estompaient déjà, perdus, au loin dans les arbres.
Il n’y eut aucun bruit, seulement celui des sabots du cheval quand il repartit après quelques minutes.

Arrivé chez lui, le comte, comme la première fois, se mit nu, ôta la chaîne d’argent de son cou, et versa le contenu de la fiole sur la pierre. Comme la première fois, les brûlures virent sur ses doigts, mais il attendait la suite, c’est pour cela qu’il avait encore tué. Et la suite vint, encore plus intense que la première fois. Il sentait le plaisir poindre sous sa chair, il était assailli de frissons qui lui parcouraient le corps par vagues de plus en plus violentes, et la chaleur se faisait de plus en plus forte localisée dans son ventre et son thorax. Au paroxysme de sa jouissance il ne put retenir ses cris secoué de spasmes incontrôlables, tandis que le diamant dans sa main perdait son éclat.

Il savait qu’il gagnait cent autres années, mais son plaisir était ailleurs maintenant, il le sentait. Il resta prostré ainsi longtemps, devant l’âtre où se mourrait le feu, dans un état à moitié conscient, où le souvenir de la jouissance était encore trop fort pour songer à autre chose, jusqu’au petit matin, heure à laquelle, à quelques kilomètres de là, s’il n’y avait pas eu quelques traces rouges mélangées aux fleurs éparpillées autour d’elle, et son teint trop pâle, ceux qui retrouvèrent la jeune femme inerte, auraient pu penser qu’elle s’était endormie.


à suivre...



Ashimati et Feu
Février 2012

 


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Par Ashimati - Publié dans : Poèmes - Communauté : Ami-mot
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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 03:40

Déjeuner du Matin


Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.

 

Jacques Prévert

Par Ashimati - Publié dans : Poèmes - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 02:34

 

 


 
Par Ashimati - Publié dans : Vidéos - Communauté : Ami-mot
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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 02:55

 

 


 

PAROLES DE G. MOUSTAKI et BARBARA

 

Pour une longue dame brune, j'ai inventé
Une chanson au clair de la lune, quelques couplets.
Si jamais elle l'entend un jour, elle saura
Que c'est une chanson d'amour pour elle et moi.


Je suis la longue dame brune que tu attends.
Je suis la longue dame brune et je t'entends.
Chante encore au clair de la lune, je viens vers toi.
Ta guitare, orgue de fortune, guide mes pas.


Pierrot m'avait prêté sa plume ce matin-là (cette nuit-là).
A ma guitare de fortune j'ai pris le la.
Je me suis pris pour un poète en écrivant
Les mots qui passaient par ma tête comme le vent.


Pierrot t'avait prêté sa plume cette nuit-là.
A ta guitare de fortune, tu pris le la,
Et tu t'es pris pour un poète, en écrivant (en écoutant)
Les mots qui passaient par ta tête comme le vent.


J'ai habillé la dame brune dans mes pensées
D'un manteau (des morceaux) de voile de brume et de rosée.
J'ai fait son lit contre ma peau pour qu'elle soit bien,
Bien à l'abri et bien au chaud contre (entre) mes mains.


Habillée d'un voile de brume et de rosée
Je suis la longue dame brune de ta pensée.
Chante encore au clair de la lune, je viens vers toi.
A travers les monts et les dunes, j'entends ta voix.


Pour une longue dame brune, j'ai inventé
Une chanson au clair de la lune, quelques couplets.
Je sais qu'elle l'entendra un jour, qui sait demain,

Pour que cette chanson d'amour finisse bien.


Bonjour, je suis la dame brune, j'ai tant marché.
Bonjour, je suis la dame brune, je t'ai trouvé.
Fais-moi place au creux de ton lit, je serai bien,
Bien au chaud et bien à l'abri contre tes reins.

 

 

 

 

Par Ashimati - Publié dans : Vidéos - Communauté : Ami-mot
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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 03:42

 

 


 

Another head hangs lowly
Child is slowly taken
And the violence cause of silence
Who are we mistaken?

But you see, it's not me, it's not my family
In your head, in your head they are fighting
With their tanks and their bombs
And their bombs and their guns
In your head, in your head, they are crying

In your head, in your head
Zombie, zombie, zombie
Hey, hey, hey
What's in your head, in your head
Zombie, zombie, zombie?
Hey, hey, hey,
hey Oh, do, do, dou, do, do, dou, do, do Dou, do, do, dou, dou, do, do, dou

Another mother's breakin'
Heart is taking over
When the violence 'causes silence
We must be mistaken

It's the same old theme since 1916
In your head, in your head they're still fighting
With their tanks and their bombs
And their bombs and their guns
In your head, in your head they are dying

In your head, in your head
Zombie, zombie, zombie
Hey, hey, hey
What's in your head, in your head
Zombie, zombie, zombie?
Hey, hey, hey, hey
Oh, oh, oh oh, oh, oh, oh, hey, oh, yaa, yaa

Par Ashimati - Publié dans : Vidéos - Communauté : Ami-mot
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Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 03:12

 

 


 

Il pleut sur Nantes
Donne-moi la main
Le ciel de Nantes
Rend mon coeur chagrin

Un matin comme celui-là
Il y a juste un an déjà
La ville avait ce teint blafard
Lorsque je sortis de la gare
Nantes m'était encore inconnue
Je n'y étais jamais venue
Il avait fallu ce message
Pour que je fasse le voyage:

"Madame soyez au rendez-vous
Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup
Faites vite, il y a peu d'espoir
Il a demandé à vous voir."

A l'heure de sa dernière heure
Après bien des années d'errance
Il me revenait en plein coeur
Son cri déchirait le silence
Depuis qu'il s'en était allé
Longtemps je l'avais espéré
Ce vagabond, ce disparu
Voilà qu'il m'était revenu

Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup
Je m'en souviens du rendez-vous
Et j'ai gravé dans ma mémoire
Cette chambre au fond d'un couloir

Assis près d'une cheminée
J'ai vu quatre hommes se lever
La lumière était froide et blanche
Ils portaient l'habit du dimanche
Je n'ai pas posé de questions
A ces étranges compagnons
J'ai rien dit, mais à leurs regards
J'ai compris qu'il était trop tard

Pourtant j'étais au rendez-vous
Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup
Mais il ne m'a jamais revue
Il avait déjà disparu

Voilà, tu la connais l'histoire
Il était revenu un soir
Et ce fut son dernier voyage
Et ce fut son dernier rivage
Il voulait avant de mourir
Se réchauffer à mon sourire
Mais il mourut à la nuit même
Sans un adieu, sans un "je t'aime"

Au chemin qui longe la mer
Couché dans le jardin des pierres
Je veux que tranquille il repose
Je l'ai couché dessous les roses
Mon père, mon père

Il pleut sur Nantes
Et je me souviens
Le ciel de Nantes
Rend mon coeur chagrin

Paroles et Musique: Barbara   1964

Par Ashimati - Publié dans : Vidéos - Communauté : Ami-mot
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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 15:23

Au souffle de Yâsamîn

A la croix des chemins, au pied du grand calvaire
L’homme s’agenouilla et le prit dans ses mains
Ce morceau de couleur, juste éclos du calcaire
Aux pétales veinés comme du parchemin

"Pourquoi fais-tu cela?" s'enquit le doux jasmin
"J'étais si bien ici, sous le vent, solitaire
Qui te donne le droit de m’ôter mes demains
A la croix des chemins, au pied du grand calvaire"

‘’Je te livre un secret je ne peux m’y soustraire
Ta robe a le pigment de ses lèvres carmin
Pour ma belle tu es l’offrande nécessaire’’
L’homme s’agenouilla et le prit dans ses mains

"Ainsi donc pour lui seoir, tu deviens assassin
Bafouant mes désirs pour m’offrir un suaire,
Le rêves-tu, mourant, blotti contre son sein
Ce morceau de couleur, juste éclos du calcaire ?’’

"Je ne veux pas ta mort simplement pour lui plaire
Juste un bout de bonheur pour éclairer son teint
Lui offrant la douceur d’une fleur débonnaire
Aux pétales veinés comme du parchemin »

Son éclat se ternit devenant opalin
Yâsamîn rendit l'âme à jamais libertaire.
Il ne resta plus rien qu’un souffle sibyllin
Mais il l'entend gémir, celui qui sait se taire
A la croix des chemins

FeudeBelt et Ashimati
08 février 2012

Yâsamîn : Jasmin en arabe d'où découle le prénom Yasmine


Ce texte est la propriété de Thierry Le Gall  et FeudeBelt Tous droits réservés
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Par Ashimati - Publié dans : Les duos - Communauté : Ami-mot
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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 03:01

 

 


 
Par Ashimati - Publié dans : Vidéos - Communauté : Ami-mot
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 03:37

 

 


 
Par Ashimati - Publié dans : Vidéos - Communauté : Ami-mot
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